Lorsque vous utilisez un sextoy ou un produit érotique “consommable” (lubrifiant, gel stimulant, etc), il entre en contact avec vos muqueuses, et s’il contient des produits chimiques nocifs, ceux-ci peuvent pénétrer dans votre organisme.

Certes, les aliments que vous consommez peuvent aussi contenir des produits pas naturels du tout et mauvais pour la santé. Il se peut que vous ayez décidé de ne pas vous prendre tête avec ça et de ne pas y penser.

Mais si vous vous préoccupez de la composition de votre nourriture, vous souhaitez probablement que les sextoys et les produits érotiques dont vous faites usage soient également sains pour votre corps. Et il n’est pas toujours évident d’obtenir des informations claires à ce sujet.

Les phtalates

Vous avez probablement déjà entendu parler des phtalates, ces substances toxiques présentes dans une multitude de produits de consommation courante : les rideaux de douches, les vêtements imperméables, les produits cosmétiques, les emballages alimentaires, et même les jouets pour enfants, les emballages alimentaires et le Nutella (en faible quantité, certes, mais bon, le Nutella, ça se mange…) !

Et aussi, dans certains sextoys.

Les phtalates sont utilisés pour conférer souplesse et élasticité à des plastiques initialement rigides, à moindre coût.

 

Législation

Six types de phtalates ont été interdits (limités à 0,1%) en Union Européenne dans les jouets pour enfants. Mais dans les jouets pour adultes, c’est une autre histoire.

 

Le DEHP (de son joli petit nom phtalate de di-2-éthylhexyle), phtalate le plus toxique (c’est celui du Nutella, vous reprendrez bien une tartine ?) et le plus répandu, le BBP (benzylbutyle) et le DBP (dibutyle) vont être retirés de la circulation par l’Union Européenne entre 2014 et 2015. (*)

 

En mai 2011, un proposition de loi visant à interdire les produits contenant des phtalates, des parabènes et des al­kylphénols a été adoptée par les députés français. Mais cette loi n’est pas encore entrée en vigueur (il suffit de regarder les ingrédients des shampooings dans un supermarché pour vérifier que l’on trouve encore des parabènes dans beaucoup de produits).

 

En attendant, il est toujours possible que des sextoys contiennent des phtalates. Notamment, certains sextoys en jelly, en vinyle, et certains sextoys souples en PVC.

 

(*) La fois précédente où j’ai recherché cette info, Wikipédia disait que les phtalates avaient été interdits en Europe. Point. Comme quoi, il vaut mieux vérifier les dires de Wikipédia.

 

Comment les repérer ?

Le souci, c’est que, parfois, il est difficile de savoir ce qu’il en est. Si l’absence de phtalates est explicitement mentionnée, a priori c’est ok. A priori. Mais une boutique ne peut pas toujours vérifier les dires de tous les fabricants. Il y a peu de contrôles (et peu de législations) sur la composition des sextoys, et certains fabricants mentent, sans risquer grand-chose.

 

Quelques indices qui peuvent vous mettre la puce à l’oreille (ou plutôt, aux doigts, au nez, à la langue…) et vous inciter à la méfiance :

  • Le PVC est un matériau rigide. Si vous croisez un objet mou “en PVC”, c’est que des substances sont été mélangées au PVC pour le ramollir. Ça peut être des phtalates (toxiques), des huiles minérales (toxiques) ou d’autres trucs (de la poudre de perlimpinpin, une pincée de poils de hibou, ou que sais-je ?..)… En tout cas, c’est mauvais signe.
  • Si ça pue, c’est louche. Lorsqu’un sextoy sent une odeur prononcée de plastique, si l’odeur revient après lavage, c’est parce que des molécules remontent depuis l’intérieur du sextoy vers sa surface. La nature des molécules en question peut être diverse et variée, mais savoir que celles-ci, au cours de leur ballade, vont venir se déposer sur les zones de votre corps en contact avec le toy, c’est assez inquiétant… (Et, concrètement, une senteur de pneu laissé au soleil, ce n’est pas très stimulant pour la libido, donc, si possible, autant éviter…).
  • Si vous constatez, en le mettant dans votre bouche, qu’un sextoy a un goût dégueu chimique (voire qui pique), même remarque : vous venez peut-être d’ingérer des phtalates, ou des huiles minérales, ou un autre composé, pas forcément moins nocif. Bon appétit…
  • Si un sextoy suinte (même tout seul, enfermé dans une boîte hermétique – oui, oui, c’est possible) : idem.
  • Si un sextoy change de couleur : deux hypothèses. Soit votre sextoy est constitué de matériaux peu ragoûtants, et commence à se désagréger. Soit, le coupable est un autre sextoy, qui lui a “fondu” dessus sans crier gare. Mis au contact les uns des autres, les sextoys toxiques peuvent littéralement fondre par endroits (réactions chimiques obligent) et zigouiller au passage les sextoys sains que vous auriez laissés à proximité.

 

Ci-dessous, pour exemple, deux vieux sextoys en “jelly” qui ont mal survécu aux ravages du temps.

 

Sextoys en jelly désagrégés

A gauche, le gode du harnais Briana de Doc Johnson, qui a changé de couleur. A droite, un rabbit dont je ne me rappelle pas le nom, qui a fondu par endroits.

 

(A l’origine, le gode du harnais Briana était d’un bleu pétant, et n’avait bien évidemment aucune trace jaunâtre. Depuis la photo, rangé dans un étui en velours rouge, il est devenu encore plus dégueu, chopant peu à peu la teinte du tissu.)

 

Les matériaux sans phtalates

Toutefois, certains matériaux ne contiennent jamais de phtalates. Notamment :

  • Le silicone médical à 100%
  • le VixSkin, qui est un mélange contenant uniquement des silicones
  • Les élastomères silicones
  • Les élastomères thermoplastiques (TPE)
  • Le latex
  • Le verre
  • La céramique
  • Le bois
  • Le métal : on trouve des sextoys en acier inoxydable, en aluminium (bien que les sextoys en alu comportent généralement un revêtement destiné à rendre leur utilisation sûre, nous gardons des doutes sur ces derniers, en raison des risques de l’aluminium pour la santé) et même en plaqué or !

 

objetsdeplaisir-nobessence-fling-14objetsdeplaisir-test-teufelszunge-glassvibrations-19

Godemichets en bois (Nobessence Fling) et en verre (Glassvibrations Teufelszunge)

 

Qu’en est-il des sextoys “réalistes” ?

Beaucoup de sextoys “réalistes” (c’est-à-dire, ayant pour vocation d’imiter la peau, visuellement et/ou au toucher) sont constitués de matériaux brevetés par les marques qui les produisent : Cyberskin, UR3, Ultraskin, Softskin, etc.

 

Ces noms ne sont que des appellations marketing, et ne nous disent pas grand chose quant à la composition chimique. Et les infos que l’on trouve sont souvent contradictoires. Le tout étant de déterminer si la source est fiable ou pas. Voici quelques infos que j’ai pu rassembler, provenant de sites qui me semblent crédibles (mais je vous conseille d’aller vois les sites en question – en lien –  afin de vous faire votre propre avis).

 

Les fabricants de sextoys en Cyberskin et en Softskin refusent de révéler tous leurs ingrédients aux consommateurs, sous prétexte que leur formule est “top secrète”. (Mouais. En général, quand on planque un truc, c’est rarement parce que ce truc est trop cool pour en faire part aux autres…)

 

En ce qui concerne les phtalates :

  • Un sextoy en Cyberskin (un “cyber pussy”) a été analysé par Greenpeace (ainsi que divers autres sextoys) (voir le rapport de Greenpeace). Il ne contenait pas de phtalates, et je pense qu’on peut faire confiance à Greenpeace quant à a pertinence de cette analyse. Selon la marque Topco, qui détient le brevet du “Cyberskin”, il en est de même pour tous les sextoys en cyberskin. (Mais que contiennent-ils ? Mystère…)
  • L’UR3 (aussi appelé Ultra Skin), matériau utilisé par la marque Doc Johnson, est un élastomère thermoplastique, mélange de PVC et de silicone. Il ne contient a priori pas de phtalates (voir source). Ni de latex (voir source) (mais le latex n’est dangereux que si vous y êtes allergique).
  • Les plastiques durs n’ont aucune raison de contenir des phtalates, car les phtalates servent justement à ramollir le plastique. (Mais la dureté du matériau gâche un peu le côté “réaliste”.)
  • Le Vixskin (matériau plutôt dur à l’intérieur, plutôt mou à l’extérieur, de la marque Vixen Creations) est constitué de silicone à 100%. Pas de phtalates, ni d’autres saletés dedans donc.
  • Le plastisol est une matière plastique souple fabriquée en mélangeant du PVC et un plastifiant liquide. Les plastifiants les plus répandus sont les phtalates.
  • Le terme Sil-a-gel (ou Silagel), que l’on croise dans les descriptions de certains sextoys de la marque Doc Johnson (généralement vanté pour ses “propriétés antibactériennes”) ne désigne pas le matériau principal constituant le sextoy, mais un simple additif. Cet additif étant breveté, sa composition est inconnue. Bien que le nom de la substance commence par “sil”, il ne s’agit pas de silicone. Les sextoys au “Sil-a-gel” sont poreux, ils est donc impossible de les désinfecter parfaitement, leurs pores pouvant abriter des bactéries. Certains sextoys au Sil-a-gel contiennent des phtalates, bien que Doc Johnson affirme le contraire : c’est le cas du gode “James Deen Realistic Cock”, dont l’analyse, commandée à un labo indépendant par Dildology, a révélé qu’il contenait 61,1% de phtalates et 38,9 % de PVC.
  • De même que pour les sextoys non réalistes, les objets pour lesquels il est précisé “silicone de qualité médicale” ou “100% silicone” sont constitués de silicone pur, et ne contiennent donc pas de produits toxiques. Attention, si un sextoy annoncé comme étant “en silicone” ne comporte pas ces indications, il peut s’agir d’un mélange contenant du silicone en suffisamment grande proportion pour avoir droit à l’appellation (ce qui ne nous dit rien quant au reste de la composition).

 

Dildo Fleshjack Boys Jason Viscontiobjetsdeplaisir-test-gode-tantus-o2-max-8objetsdeplaisir-test-gode-realiste-vixskin-goodfella-5

Trois sextoys “réalistes” en silicone pur : le Fleshjack Boys Jason Visconti, le Tantus Max O2 et le Goodfella de Vixen Creations

 

Voilà pour les phtalates. Mais au niveau de l’utilisation, quelques autres points, qui influent sur l’hygiène et le confort, sont à prendre en compte :

  • Les matériaux réalistes autres que le silicone (Cyberskin, UR3 et Softskin) sont poreux, et ne peuvent donc pas être stérilisés correctement (voir source).
  • Les matériaux qui ne sont pas constitués à 100% de silicone se dégradent avec le temps. Leurs couleurs et leurs détails peuvent aussi s’estomper peu à peu. Il faut les enduire de talc après chaque lavage (voir sources : et ).
  • Un dépôt graisseux se forme sur la surface de certains de ces matériaux pendant leur stockage. Ce qui n’est guère ragoûtant (voir source).
  • Certains se dégradent rapidement au contact d’autres matières plastiques.

Les parabènes

Les parabènes sont utilisés dans de nombreux produits cosmétiques et pharmaceutiques. Notamment, dans certains lubrifiants et gels stimulants (et gels douches, shampooings, crèmes hydratantes, etc).

 

Comment les repérer ?

Pour savoir si un produit contient des parabènes, c’est plus simple : il suffit de lire sa composition. La liste des ingrédients doit être indiquée sur l’emballage du produit (c’est obligatoire, mais parfois, elle est indiquée en tout petit).

Note : selon la norme INCI, la liste des composants d’un produit les mentionne par ordre décroissant de leurs quantités. C’est ainsi que l’on remarque, souvent, qu’un lubrifiant ou un shampoing à l’extrait de telle plante n’en contient pas des masses.

Les composés chimiques sont indiqués en anglais (donc, en gros, tous les ingrédients dont le nom se termine par “paraben” sont des parabènes).

 

Le problème, c’est que la liste des ingrédients sur l’emballage, vous ne la voyez qu’après achat. Donc si vous souhaitez éviter certains produits chimiques, constater que le produit que vous venez de recevoir en contient, ça vous fait une belle jambe : vous l’avez déjà payé, et vous ne savez pas quoi en faire.

 

Pour obtenir cette info avant achat, voici quelques pistes :

  • Regarder si la boutique qui vend le produit qui vous intéresse donne des précisions dans la description de celui-ci
  • Regarder si l’info est présente sur le site web du fabricant
  • Rechercher des tests du produit
  • Écrire à la boutique ou au fabricant

 

PartagerShare on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+Share on StumbleUponPin on Pinterestshare on TumblrShare on RedditEmail to someone

8 Réponses à “Phtalates, parabènes, et autres produits nocifs : comment les éviter ?”

  1. Elle

    Cette page peut évoluer au fil du temps si nous croisons des infos intéressantes pour la compléter. Si vous avez des connaissances sur le sujet, n’hésitez pas à nous en faire part :)

    Répondre
  2. le mouel

    BONJOUR
    J’ai commandé il y a quelques jours des jouets de plaisir; et j’ai demandé au distributeur, si il me confirmé si les produits demandé ne contenaient pas de
    phtalates?. Ce dernier a refusé de me livrer et m’a remboursé….
    J’ai essayé d’avoir une explication en vain;les distributeurs n’aiment pas que l’on pose ce type de questions,donc ce sont des menteurs!!!!!
    si vous désirez connaitre le nom du distributeur;je peux le communiquer
    Merci

    Répondre
    • Elle

      Bonjour, et merci pour ce témoignage !

      C’est une réaction un peu étrange, mais ça ne m’étonne pas vraiment…

      Beaucoup de distributeurs ignorent la composition réelle des produits qu’ils vendent (et ça ne se limite pas à l’univers des sextoys, les amateurs de lasagnes ou de gâteau au chocolat ne diront pas le contraire…). A partir du moment où la composition est “complexe” et où il y a des plusieurs intermédiaires – et des milliers de kilomètres – entre le fabricant et le vendeur, ce n’est plus vraiment traçable (il suffit qu’à une étape, un petit malin ait envie de faire des économies en utilisant des ingrédients moins chers que ceux initialement prévus, et hop, on se retrouve avec un sextoy aux phtalates-surprises)… Et, si des marques font subir des contrôles stricts à leurs produits, d’autres n’ont pas envie de se poser trop de questions.

      Du coup, il est possible que ce distributeur n’ait pas voulu prendre le risque de reconnaître son ignorance sur la composition ou la présence de phtalates, ce qui pourrait nuire à son image – ou bien, qu’il craigne simplement d’être mal informé, et d’engager sa responsabilité en vous répondant.

      De quel distributeur s’agit-il ?

      Répondre
    • Elle

      “TPR” et “TPE” sont deux termes génériques pour désigner les élastomères thermoplastiques, une catégorie assez vaste de matériaux poreux (des bactéries peuvent donc se développer dans les pores, on ne peut donc pas désinfecter parfaitement le toy), qui ne contiennent, en général, pas de phtalates (je dis bien “en général”, il n’y pas pas vraiment de moyen d’en être sûr à 100%).
      “Ultra-douce” n’est qu’un élément de description, qui n’indique rien quant à la composition.

      Répondre
  3. Méryle

    Bonjour,
    Merci beaucoup pour cet article très utile ! Une question toutefois : Que veux dire 100% ABS ? Je ne l’ai pas vu dans votre article. Est-ce safe un gode 100%ABS ?

    Répondre

Trackbacks/Pingbacks

  1.  Test du Sexy Bunny 2 de Love to Love | Objets de plaisir
  2.  Test du vibro « point G » Odeco O-Zone | Objets de plaisir
  3.  Body Wand Midnight vs Fairy Mini : le test comparatif | Objets de plaisir
  4.  Test du lubrifiant anal Pjur Back Door | Objets de plaisir
  5.  Dildology : In Dildo Veritas | Objets de plaisir
  6.  Test du vibro Touch de We Vibe | Objets de plaisir
  7.  Test du lubrifiant gourmand Passage du Désir | Objets de plaisir
  8.  Sextoys toxiques, analyses et mensonges | Objets de plaisir
  9.  Découverte des lubrifiants Easy Love | Objets de plaisir
  10.  Test du lubrifiant Man’s Best Lubricant de JoyDivision | Objets de plaisir

Laissez une réponse

  • (Se sera pas publier)