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Le terme “orientation sexuelle” désigne “la capacité de chacun de ressentir une profonde attirance émotionnelle, affective et sexuelle envers des individus de sexe opposé, de même sexe ou de plus d’un sexe, et d’entretenir des relations intimes et sexuelles avec ces individus” (d’après le préambule des Principes de Jogjakarta, un document visant à interdire la discrimination à contre les personnes LGBT et intersexuées,  présenté en 2007 devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies).

 

Mais qu’en est-il lorsque l’objet de cette attirance émotionnelle, affective et sexuelle n’est pas un individu à proprement parler, mais plutôt une bouilloire, un monument ou un personnage virtuel ?

 

 

On parle alors d’“objectùm-sexuals” (en français, on traduirait donc par “objectùm-sexuels”), ou OS. Ce terme a été créé dans les années 70′ par Eija-Riitta Eklöf-Berliner-Mauer, une Suédoise qui ressent de l’affection et de l’attirance pour certaines barrières, certains murs et certains ponts, et tout particulièrement pour le mur de Berlin, qu’elle a épousé en 1979.

 

Cette attirance est à différencier du fétichisme, car un OS considère l’objet comme un être à part entière, avec lequel il partage une relation. Elle est très souvent basée sur des croyances animistes : les objets, comme les êtres vivants, possèdent une “âme”, une “force vitale” qui les anime.

Le site “Objectùm-sexuality Internationale” nous explique en quoi consiste cette orientation.

 

Quelques OS célèbres

Linux, Windows, MacOSX, BSD, Android… (Pardon, il fallait que je case cette vanne moisie quelque part. Mais je compte bien vous parler d’ “objectùm-sexuals”, pas de systèmes d’exploitation.)

 

Par “célèbres”, j’entends “qui ont fait parler d’eux dans les médias”. L’information prend alors assez souvent une tournure de buzz (déjà que l’on fait tout un plat du mariage pour tous qui donne la chair de poule aux fachos de tout poil, ce n’est guère étonnant…), mais les protagonistes n’en semblent pas moins sérieux, et désireux de faire connaître leurs sentiments.

 

Ils sont sains d’esprit, et savent pertinemment que l’objet de leur affection est… un objet. Il ne ressentent simplement pas de la même manière leurs rapports à l’égard de celui-ci.

 

Eija-Ritta et le mur

Eija-Riitta Eklöf s’est sentie fortement attirée par le mur de Berlin dès la création de celui-ci, en 1961. Elle l’a donc épousé en 1979, d’où l’ajout (non-officiel) du suffixe “Berliner-Mauer”, qui signifie “mur de Berlin” en allemand, à son nom.

 

Eija-Riitta ne s’intéresse pas le moins du monde au symbolisme politique du mur de Berlin. Elle est simplement attirée par sa forme rectangulaire, et ses lignes parallèles et horizontales. Il s’agit d’ailleurs là d’une caractéristique commune aux objets qui lui plaisent.

 

La chute du mur en 1989 fut extrêmement douloureuse pour elle. A tel point qu’elle préfère employer une technique pour faire face aux évènements traumatisants, qu’elle nomme “méthode du déplacement temporel”, afin de retrouver son conjoint : elle focalise son esprit sur la période 1961-1988, et tente d’effacer la plupart de ses souvenirs en-dehors de cette période.

 

Elle écrit des poèmes à son attention, et collectionne tout ce qui est en rapport avec le mur (photos, etc.).

 

Un autre objet auquel elle est profondément attachée, une barrière nommée Röda Staketet (“barrière rouge” en suédois), est devenu le symbole de la communauté objectùm-sexual.

 

Cette attirance pour les objets ne diminue pas sa considération pour les êtres vivants : Eija-Riitta élève une flopée de chats, et leur prête une grande attention.

 

Erika et la tour

Erika Eiffel est – entres autres – célèbre pour avoir épousé la Tour Eiffel en 2009. Elle a rencontré celle-ci en 2004, et a ressenti une attirance immédiate. Elle est aussi championne de tir à l’arc, et affirme que sa relation avec Lance, son arc, l’a aidée à concourir à un niveau international.

 

Elle est la fondatrice de l’organisation Objectùm-sexuality Internationale.

 

Amours virtuels

En 2009, un Japonais de 27 ans, portant le pseudonyme de Sal 9000, épouse sa petite amie virtuelle, Nene Anegasaki, un personnage du jeu “Love Plus”, sur Nintendo DS (voir ici aussi pour les détails croustillants). La cérémonie n’a aucune valeur légale, et Sal 9000 en est conscient.

 

Toutefois, il trouve Nene nettement plus chouette qu’une petite amie humaine, notamment en raison de sa personnalité bien plus conciliante. En effet, celle-ci ne reste jamais longtemps fâchée lorsqu’il ne lui prête pas suffisamment attention.

 

Amours confortables

En 2010, Lee Jin-gyu, un Coréen de 28 ans, épouse son oreiller, qu’il a revêtu d’une robe de mariée avant de l’embrasser devant l’autel. Mais attention, il ne s’agit pas de n’importe quel oreiller. Il s’agit d’un dakimakura, ces grands coussins imprimés à l’effigie d’un personnage féminin d’anime, afin que leur propriétaire puisse les câliner (ou faire d’autres choses avec). L’élue du cœur de Lee représente Fate Testarossa, un personnage de la série télévisée d’animation japonaise “Magical Girl Lyrical Nanoha”. La cérémonie est menée par un prêtre.

 

Il s’agit là d’une véritable histoire d’amour, et non d’une plaisanterie : d’après ses amis, Lee ne quitte jamais son oreiller. Il l’emmène régulièrement au parc, à la fête foraine et au restaurant, où l’oreiller a droit à son propre siège, et à son propre repas.

 

L’objectùm-sexuality, ça marche comment ?

Je me suis fiée aux explications données sur le site d’Objectùm-sexuality Internationale pour tenter de répondre à quelques questions. J’ai pris quelques libertés d’interprétation : si j’ai mal compris certains points, toutes mes excuses à tout OS qui lirait ceci, et merci de me préciser ce qui est à rectifier.

 

Comment peut-on aimer un objet inanimé ?

Vous ne vous considérez probablement pas comme un OS (statistiquement, j’ai de fortes chances de tomber juste). Pourtant, certains objets (un bijou, une peluche, un instrument de musique, une maison, etc.) ont très certainement une grande valeur sentimentale à vos yeux. Vous ne voudriez pour rien au monde les échanger contre un objet similaire coûtant le même prix.

 

Vous leur avez peut-être même donné un nom. Teddy l’ours en peluche, Titine la voiture, Gwendoline la guitare, etc… Et vous n’appréciez pas vraiment que l’on s’amuse à tirer les oreilles de Teddy, que l’on vous suggère de mettre Titine à la casse ou que l’on désaccorde maladroitement Gwendoline. Teddy, Titine et Gwendoline, pour vous, ce sont un peu comme de bons vieux potes, ils ne vous ont jamais lâché.

 

Pour les objectùm-sexuals, c’est à peu près la même chose. La relation est simplement plus intense.

 

Reste la question de la réciprocité. Comment peut-on aimer un objet inanimé, qui sera incapable d’aimer en retour ? Si, comme dans toutes les orientations sexuelles, l’amour à sens unique existe aussi pour les objectùm-sexuals, ceux-ci se sentent généralement aimés en retour.

 

Comment communique-t-on avec un objet ?

Le OS sont, pour la plupart, animistes : pour eux, l’objet possède une âme, il est capable de ressentir. La communication prend diverses formes, au-delà de l’aspect purement verbal (le toucher, le ressenti, etc). Toutefois, certains OS ressentent le besoin de parler à haute voix à l’objet, comme l’on communiquerait avec une personne.

 

Afin d’améliorer sa perception de l’objet, et ainsi, ses capacités à entrer en “connexion” avec celui-ci, un OS oriente généralement ses centres d’intérêts vers des sujets relatifs à l’objet (collections, maquettes, etc).

 

Comment devient-on OS ?

Comme pour toute orientation sexuelle, on ne peut pas dire qu’il existe un “facteur déterminant” à proprement parler. Toutefois, certains paramètres peuvent être liés.

 

Le syndrôme d’Asperger, une forme d’autisme (pour résumer grossièrement, il s’agit de l’autisme qui peut rendre surdoué, mais mieux vaut lire la définition sur Wikipédia) a été diagnostiqué chez un nombre important de personnes objectùm-sexuals. Il est possible que, chez ces personnes, des liens avec les objets aient pu se souder plus aisément que des liens avec les autres. Mais il ne s’agit pas là d’une généralité chez les OS.

 

Les tendances OS ne semblent pas être liées à un quelconque traumatisme sexuel.

 

Ces tendances sont dans certains cas associées à des troubles de l’identité sexuelle. Cependant, on ne peut que supposer qu’un objet n’ayant pas de sexe à proprement parler, cela peut amener la personne qui est attirée par celui-ci à s’interroger sur son propre genre. Aucune corrélation n’a pour le moment été démontrée scientifiquement.

 

La synesthésie, un phénomène neurologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés, a été diagnostiquée chez un certain nombre d’OS. Les synesthètes peuvent, par exemple, percevoir des couleurs distinctes associées à chaque lettre de l’alphabet ou à des sons (un peu comme ceci), voir automatiquement et involontairement les nombres de manière graphique, ou, dans des cas plus rares, percevoir des goûts bien précis associés à des mots ou à des syllabes. Cela contribue peut-être à les rendre plus sensibles que la moyenne aux émotions perçues face à un objet.

 

Comme le syndrome d’Asperger, ce phénomène ne se diagnostique pas aisément. Les personnes atteintes de synesthésie mettent du temps à s’en apercevoir, ignorant que les autres ne perçoivent pas de la même manière. Certains ne ressentent pas le besoin d’en parler, par crainte de n’être pas pris au sérieux.  La synesthésie peut entraîner des difficultés dans certains domaines, voire parfois un handicap moteur, mais certaines études suggèrent une corrélation entre la synesthésie et la créativité. Du côté des musiciens célèbres, Duke Ellington et Michel Petrucciani percevaient des teintes dans la musique, tandis que chez les écrivains, Vladimir Nabokov voyait les mots en couleurs.

 

L’animisme, croyance selon laquelle tout objet, comme tout être vivant, est doté d’un esprit, d’une “âme” et sait percevoir et ressentir des émotions face à ce qui l’entoure, est la raison la plus commune qui pousse à aimer un objet. Pour un animiste, un objet possède une énergie propre, et il est possible de s’y connecter et d’entrer en communication avec lui.

 

Et le sexe, dans tout ça ?

La question de l’intimité varie d’un OS à l’autre.

 

Une “orientation sexuelle” n’implique pas nécessairement de rapports sexuels. Et la définition qu’a un OS d’un rapport sexuel peut différer de celle qu’en ont les autres gens : pour beaucoup d’entre eux, il s’agit d’une chose bien plus abstraite : la sexualité n’est alors pas une question de pénis ou de vagins, mais plutôt un échange émotionnel intense, pouvant être associé à des caresses que le commun des mortels considèrerait comme platoniques.

 

Dans un texte intitulé “The Only Love for Me… A Letter to the Outside World”, BC Hall, qui se définit comme “un ingénieur du son objectum-sexual”, écrit :

 

“Si nous affirmons avoir des “rapports sexuels” avec un objet, nous ne pratiquons pas forcément ceux-ci comme tout le monde l’entend. Par exemple, une femme OS n’a pas nécessairement besoin d’être pénétrée pour avoir des rapports sexuels. Une grande partie de la sexualité OS se base sur l’intimité émotionnelle.

 

Soyons clairs. Certaines personnes sont attirées par les objets de manière très physique, mais, pour ma part, il s’agit d’une connexion psychique , un transfert d’énergie, complété par des baisers, des câlins, et autres démonstrations d’affection “au-dessus de la ceinture”. C’est ce à quoi je fais référence lorsque je dis que mes partenaires et moi-même avons des rapports sexuels.”

 

(ou du moins est-ce là ma tentative de traduction)

 

Les OS n’aiment pas que l’on compare leur sexualité à de la masturbation. L’intimité des OS n’est pas une instrumentalisation de l’objet en tant que moyen d’assouvir ses désirs. Il ne s’agit pas plus d’un fétichisme : l’objet n’est pas un simple catalyseur permettant d’accéder au plaisir. Lors de ses rapports avec un objet, quel qu’en soit le degré physique, un OS se focalise sur l’objet aimé.

 

Les OS préfèrent que l’on compare leur passion à une obsession. Cette désignation peut également être appliquée à une relation entre deux humains.

 

Ils sont très respectueux de l’objet auquel ils sont liés. Ils considèrent que l’objet a une intimité qu’il ne faut pas franchir sans son accord. Lorsqu’il s’agit d’un objet public, ils ne se permettront donc rien d’indécent. Bref, si vous croisez un monsieur le zizi à l’air près d’un bâtiment, il ne s’agit très certainement pas d’un objectùm-sexual.

 

Que l’on comprenne ou non ce que ressente les OS, il ne sont pas très différents. Ils aiment leur partenaire, se sentent aimés, communiquent avec lui et le respectent. Le tout sans offenser qui que ce soit.

 

 

Elle

Testeuse de sextoys at Objets De Plaisir
Collectionneuse compulsive de sextoys, testeuse pointilleuse et exhibitionniste débutante.

"Elle" ou "Eglantine" selon les versions.

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